Douce peine

Larmes incessantes

Lentement, je me trahis

Peine insignifiante

Dont la saveur ne péris

 

Ame humaine

Aux péchés avérés

Coules dans mes veines

Un amour rejeté

 

Cœur de glace

Et tendresse précaire

Ici prend place

Une douleur amère

 

Petit cœur en lambeaux

Qui doucement s’éteint

Devant ton tombeau

Pleureront les tiens

 

Ame affaiblis

Cœur meurtri

Doucement se répand

Mon chagrin et mon sang

 

Douce peine

Quand sonne l’heure

Des gens qui t’aiment

Et longuement pleurent


Invictus

Dans la nuit qui m’environne,
Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Je loue les Dieux qui me donnent
Une âme, à la fois noble et fière.

Prisonnier de ma situation,
Je ne veux pas me rebeller.
Meurtri par les tribulations,
Je suis debout bien que blessé.

En ce lieu d’opprobres et de pleurs,
Je ne vois qu’horreur et ombres
Les années s’annoncent sombres
Mais je ne connaîtrai pas la peur.

Aussi étroit soit le chemin,
Bien qu’on m’accuse et qu’on me blâme
Je suis le maître de mon destin,
Le capitaine de mon âme.

 

 William Ernest Henley

 

Poème préféré de Nelson Mandela, il a été repris dans le film Invictus de Clint Eastwood.

 


Sous le reflet des vagues, Chapitre 08

      Les seuls visages que je vois sont celui de Luana et du vieil homme. Ces visites à lui sont plus rares, peut être pour me laisser le temps d’oublier ce jours où toutes ces mains sont venus emprisonner mon corps. Ce n’était pas un viol, mais leurs forces et leur nombre y faisaient penser… Quelle idée ! Mais ci cela devait arriver, on ne sait jamais, je me sens assez en forme pour ruiner une ou deux virilités. Peut être pas assez pour me débattre  et encore moins pour les repousser. Qu’importe. Penser à ce genre d’horreur ne m’apporte rien de bien intéressant.

      J’ai arrêté de compter les jours depuis mon réveille. Je me contente de manger, de forcer sur les heures où Luana tente de dénouer et vivifier mes muscles. J’ai comme l’impression de séance de rééducation. Au final, j’arrive à me tenir debout, mais la lenteur de mes mouvements m’exaspère et me met parfois dans des colères assez enfantines. Luana en est souvent amusée mais évite de trop me le montrer. C’est déjà assez humiliant, elle s’en rend bien compte.

      Ce matin, le ciel s’est couvert de lourds nuages. Je n’ai pas pu contempler la pluie et ma déception se fait ressentir. Mais le vent étant bien trop fort, Luana a protégé les ouvertures par ces drôles de rideau en peau de bêtes. Leurs poids et le cuir résistant empêchent le vent de pénétrer dans ma hutte, et retient l’humidité à l’extérieur. Et par la même occasion, enferme mon ennuie dans cette pièce circulaire.

      C’est la première fois qu’il pleut ici, enfin, qu’il pleut pour moi. Première fois où les cris des animaux sont absents, remplacés par le déchainement des vagues. Je me suis toujours demandée quel était l’intérêt d’avoir un abri si près de la mer. Je me souviens que trop bien de l’hiver 2004, où un grand raz de marée avait dévasté les côtes indonésiennes et de nombreuses vies par la même occasion. Les médias s’en étaient donnés à cœur joie par la suite, où le scandale des fonds attribués à la croix rouge avait été détournés et je ne sais quoi d’autres encore. Pour moi, ce jour là m’avait prouvé à quel point l’homme pouvait être égoïste et s’en émotions réelles… Juste un corps de chairs, habité d’une âme pervertie. Et plus le temps passait, plus je cessais de croire en l’humanité tout entière. L’image de Jim me revient alors à l’esprit et confirme mon hypothèse pourtant…

 

-          Il pleut des pisses de singes !

      Je ne l’ai même pas entendu arriver. L’Ancien referme aussitôt l’épaisse porte en peau de bête, je ne sais toujours pas laquelle d’ailleurs, avant de retirer sa chemise trempée. Luana lui propose immédiatement sa chaise et part étendre la chemise près de la cheminée où un feu discret émet quelques crépitements. Il ne fait pas tellement froid, mais le feu permet de maintenir la hutte au sec et c’est très agréable.

-          Bonjour Itia.

-          Bonjour…

      A peine assis, qu’il fouille sa sacoche à la recherche de quelque chose qui m’intrigue. Il faut dire que chacun de ses gestes engendre constamment ma méfiance. Mais surtout, à ce moment même, mon hilarité. Son sac, simple tissu rattaché par des lanières de cuirs, ressemble à un four tout de femme. Et il ne s’y retrouve pas… Pourtant, il ressort délicatement un brin de feuilles séchées qu’il tend à Luana.

-           N’oublie pas. Trois secondes d’infusion suffiront.

-          Je sais…

      Il se retourne vers moi, son gros ventre l’empêchant de se pencher trop près.

-          Comment vas-tu aujourd’hui, Itia ?

-          Qu’est ce que c’est ?

      Ce que prépare Luana me stresse complètement. J’en oublie les bonnes manières et attends avec angoisse sa réponse.

-          Des racines d’émeri.

-          …

-          C’est une fleur très rare aux propriétés de guérison remarquable. Luana va te la préparer en infusion. Tu ressentiras une lourde fatigue et t’endormiras le temps que ses effets agissent.

-          …

-          Ce n’est pas dangereux, ni mauvais à boire…

      Si la première décoction avait réussi à me faire comprendre beaucoup de langage dont j’ignorais même l’existence il y a quelques semaines encore, cette infusion devait être tout autant efficace. Beaucoup de choses m’étonnent ici. Et il semble qu’il reste tellement à découvrir. Je regarde un instant l’embrasure couverte par les peaux de bête. J’entends le vent se débattre contre elles. Je voudrais le voir se débattre. Le voir soulever les feuilles des arbres aux étranges lianes.

-          D’accord…

 

-          …

-          …

Je déteste ces moments de silence, lorsque deux personnes ne savent plus quoi dire ou n’ont simplement plus rien à ce dire. Des instants auxquels je mets toujours fin. Mais ne pouvant pas m’en aller, je n’ai pas d’autres choix que d’entamer la conversation.

-          Cette plante… d’où vient-elle ?

-          L’émeri ne pousse que sur les flancs de notre volcan.

-          Il y a un volcan ?

-          Oui.

-          En activité ?!

-          Bien sur ! Il représente le cœur de Gæa. Le jour où il s’éteindra, notre monde disparaître.

-          …

-          Il est difficile pour toi de cerner mon enthousiasme à ce que je vois.

      Il pouffe comme le vieil homme qu’il est, amusé par mon étonnement. Ce qui n’a rien d’extraordinaire si ce n’est qu’un volcan pourrait se réveiller d’une minute à l’autre et venir noircir mon cul blanc comme la neige, après m’avoir calciné tant qu’à faire.

-          En effet…

-          Il serait plus simple que je reprenne du début. Peut être comprendras-tu pourquoi tu as atterri sur nos côtes. Pourquoi elle t’a choisi…

-          …

      Gæa. Je connais ce dieu… Dans la mythologie Grec, elle est la mère créatrice de notre monde. Née du néant, elle donna naissance aux autres dieux, et à la vie. Le ciel, les océans, les monts et montagnes… toute cette richesse qui a depuis longtemps perdu de la valeur aux yeux de l’homme.

     

      « On raconte que nos ancêtres possédaient une connaissance très développée de la nature, de la médecine, des métaux, et des sciences humaines. Ils développèrent une technologie sans limite, rivalisant les pouvoirs des dieux mêmes. Leurs frères, plus avides, s’en servirent un jour pour imposer leurs propres intérêts et par cette même occasion, assouvir leur soif de pouvoir. Nos ancêtres, plus respectueux de la vie, fuir la nature mauvaise de l’homme, renonçant à toutes technologies parfaites, se rapprochant ainsi de leur mère nature, Gæa. La déesse Mahea, touchée par leur bonté et l’amour qu’il portait à sa mère Gæa, fit surgir des mers le volcan Maona, et leur offrit une île avec pour promesse de ne jamais pouvoir la quitter. Ainsi, nos ancêtres étaient assurés de pouvoir vivre en paix et en harmonie. »

-          Qu’arriva t-il aux frères de vos ancêtres ?

      « Mahea jugea coupable nos frères et son châtiment fut le plus terrible quelle put donner de toute son existence divine… Nos frères disparurent dans le néant, et leur science fut engloutie par les abysses de l’oubli. Les eaux recouvrirent leurs terres, dissimulant ainsi le massacre que Mahea avait déclenché. Seuls les plus ignorants et les plus faibles survirent et battirent une nouvelle civilisation. Plus lente mais tout aussi agressive. Mahea aurait souhaité tous les anéantir mais Gæa s’opposa à cette soudaine colère et l’en défendit. Alors par dépit, elle les observa amèrement se reproduirent et empoisonner la santé de sa mère. »

-          …

      « On dit que les enfants de Mahea éloignent pour nous l’homme, perpétuant ainsi la promesse de Mahea de nous garder en sécurité. Mais parfois, l’homme s’échoue sur nos côtes. Quelques rescapés survivent. Certains meurent noyés, d’autres deviennent fous et rejoignent la mer… »

-          Que leur arrivent-ils ? Je veux dire, pourquoi deviennent-ils fou ?

      « Nos légendes disent que les enfants de Mahea sélectionnent ceux qui ont le droit de rester parmi nous. Ils les testent pendant quelques lunes. L’un des rescapés nous raconta un jour qu’il entendait toutes les nuits un chant qu’il ne comprenait pas. Un soir où la lune s’était gorgée du soleil, les chants cessèrent pour lui et certains de ses camarades de naufrage. Les autres rejoignirent la mer, fredonnant la mélodie qui les hantait. »

      Ce qu’il me raconte là est complètement dément. Une histoire au goût de folklore, ou chaque partie m’en rappelle une autre. Je suis avide d’en apprendre plus.

-          Reste-t-il des rescapés ?

-          Quelques uns, oui. Ils vivent entre eux, de l’autre côté de l’île. Ils nous considèrent comme des sauvages, ajoute-t-il avec une mimique ironique.

      Il me sourit avec insistance. Je saisis alors pourquoi.

-          Vous leur avez fait boire cet horrible potage ?

      Il acquiesce et profite de quelques minutes de répit pour s’étirer avant de reprendre son récit.

      « L’ignorance engendre la peur. De la peur naît la violence. Lorsque Mahea demanda à sa mère Gæa  la permission de créer cette île, la façonnant de sa chair et l’isolant aux milieux des océans, comme un enfant isolé dans le ventre de sa mère, certaines règles ont été imposées. Nous les respectons, depuis toujours. Nous proclamons notre amour à Gæa  et remercions Mahea pour le don qu’elle nous a fait.  Nous la respectons tout autant que sa génitrice et nous la craignons bien plus encore. »

-          N’est-elle pas une déesse généreuse ?

-           N’oublie pas que la colère  de Mahea a été tout aussi soudaine et violente…

      Son regard se perd alors dans le vague, remémorant je suppose, des souvenirs de cette colère. Les dieux sont capricieux, parfois égoïstes et narcissiques. Mais certains sont bons, d’autres plus durs et justes. C’est l’avis que je me suis faite au fil de mes lectures, à travers les légendes, les mythes, et les diverses religions pratiquées dans le monde. Autrefois, j’aimais lire plutôt que de voir le monde qui m’entourait. Et un jour, j’ai vu…

-          S’il y a des rescapés…n’est-ce pas dangereux de les laisser vivre entre eux ?

-          Pourquoi donc ?

-          Le monde d’où je viens n’est pas si différent de celui de vos ancêtres, en plus amères je dirais… Si vous les laisser en groupe isolé, je pense qu’ils doivent se monter la tête et tenter de fuir cette île.

-          Pourquoi penses-tu qu’ils voudraient quitter cette île ?

-          … Je n’en sais rien… Ils ont dû perdre beaucoup et ne rien trouver ici qui compenserait la donne. De plus…

-          Oui ?

      J’hésite. Au premier abord, on dirait un peuple primitif. Ils vivent simplement, en harmonie comme il dit. Et je pense que cette apparence fébrile les rend vulnérable. Mais seulement en apparence…

-          Vous semblez vulnérable… C’est ce qu’ils doivent se dire en tout cas…

-          … C’est exact. Ils perturbent notre paix, parfois deviennent bien trop insistants où envahissants. Nombreux ont été ceux qui souhaitaient nous imposer leur façon de vivre, leurs règles. Beaucoup se sont crus supérieurs à nous, les sauvages vivant dans des huttes faites de lianes. Nous sommes patients et eux, de plus en plus prétentieux. Et lorsqu’ils enfreignent les lois dictées par Mahea même, cette dernière les punis…

-          Elle les …punit ?

-          Mahea s’exprime à travers le corps malade de sa mère. L’homme est un virus que Gæa  porte en son sein. Elle se bat chaque jour, tente de survivre contre cette maladie qui la ronge. Mais son amour est trop grand et sa générosité n’a jamais eu de limite. Gæa  est incapable de colère ou de châtiment. Elle n’est que maternité et protection.

-          Et Mahea protège sa mère.

-          Oui, Mahea ne vit que pour sa mère. Elle lui est entièrement dévouée.

      L’Ancien me regarde d’une drôle de manière. Les sourcils froncés, il semble réfléchir. Sa bouche s’ouvre mais Luana l’interromps avant qu’il ne poursuive.

-          Ne te brûle pas la langue.

-          Merci… Mahea a-t-elle déjà puni ?

-          Oui…

      Je n’insiste pas et me rappelle un peu plutôt son regard perdu dans le vague. Je m’intéresse alors à ma tasse, essayant d’échapper à cet instant de malaise qui règne à nouveau. La tisane sent étrangement la fleur de tiaré mais quelque chose de plus poivré m’induit en erreur sur l’origine de cette plante. Je sais juste que son parfum ne me déplait pas, ni ne me soulève le cœur. Alors sans vraiment prendre en compte le rappel de Luana, j’avale une gorgé de ce liquide bouillant. Le gout est fort, imprègne chaque cellule de ma bouche. J’ai comme une impression de cannelle au fond de ma gorge. Je ne sais pas trop en fait mais quelque chose de doux en tout cas.

-          J’espère qu’après ce dernier breuvage nous pourrons poursuivre notre discussion.

-          …

-          Avant que le comité d’accueil n’arrive en tout cas, ajoute Luana.

-          Le comité d’accueil ?

-          Cédric est déjà au courant de ton « naufrage » si on veut. Et il voudra te voir.

-          Qui est Cédric ?

-          Le nouveau chef des rescapés. Un homme intelligent, avec qui il est agréable de partager un repas. Malheureusement, les sujets de discutions convergent toujours à la même question.

-          Laquelle ?

-          Comment quitter cette île ?